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2 mars 2021 2 02 /03 /mars /2021 17:17

Eau polluée : reconquérir nos captages

Depuis le début de l'année, plusieurs affaires de pollution de captages d'eau potable ont été mis en lumière en Charente-Maritime. Le dernier en date, celui de Saint-Vaize, pollué au glyphosate (Sud-Ouest du 15 février 2021) est révélateur des pratiques en cours dans ce domaine. Auparavant, un autre cas de pollution, celui du captage de Casse-Mortier qui alimente 6 communes dont Clavette, La Jarrie, Croix-Chapeau et Salles-sur-Mer, avait été relaté dans l'édition de Sud-Ouest datée du 4 février dernier.
En décembre 2020, l'ARS (1) détectait sur site des "dépassements importants en nitrate, 500 fois plus élevés que la norme". Avec cette question lancinante à la clé : combien de temps les usagers de ce secteur ont-ils consommé de l'eau polluée avant que cette même ARS n'ordonne de "stopper tout prélèvement d'eau et de purger intégralement le château d'eau de Clavette ".
L'affaire est d'importance. D'abord parce que ce captage alimente celui de Varaize, la plus importante source d'approvisionnement de l'agglomération rochelaise. A Saint-Vaize, c'est l'usine de production d'eau potable de Coulonges qui est concernée. Ensuite parce que la responsabilité des maires des communes touchées est engagée au titre de la santé publique (distribution d'eau en bouteille à tous les administrés de leurs territoires respectifs en cas de pollution). Encore aurait-il fallu qu'ils soient informés en temps et en heure de cette situation : autre interrogation pour l'instant toujours en suspens.

Cela illustre la politique de gestion suivie par "Eau 17" depuis près d'un demi-siècle dans ce domaine. Plutôt que de mettre en place des périmètres de protection autour des captages en interdisant les pratiques agricoles polluantes (toujours autorisées jusqu'à présent), le syndicat a fermé plus de 130 captages depuis 25 ans et imposé aux usagers le financement au prix fort d'unités de dépollution. Résultat : la pollution des nappes continue de gagner du terrain, alors que des centaines de millions d'euros ont été investis par l'Europe (programme RE-source) pour diminuer les épandages de pesticides et autres polluants d'origine agricole.
Un véritable détournement de fonds publics qui n'émeut pas outre mesure les actuels dirigeants de "Eau 17", à voir la part infinitésimale de son énorme budget consacrée à la protection de la ressource en eau du département. Ils ne sont guère plus regardant sur les recommandations de la chambre régionale des comptes qui note dans son dernier rapport la part "élevée" de produits phytosanitaires et de nitrate sur le territoire. La CDC note aussi "une connaissance insuffisante de ses infrastructures" par le syndicat. L'affaire de Casse-Mortier, voire de Saint-Vaize, pourrait en être une des dernières illustrations.
Tout cela payé au prix fort par des usagers étrangement absents des structures de décision de "Eau 17". Au point de soulever des interrogations de la même Cour des Comptes qui s'inquiète des "écarts tarifaires" pratiqués par Eau 17 : "une différence de plus d'1 Euro au m3" par rapport aux autres moyennes régionales, en les comparant à des territoires ruraux similaires, argument souvent évoqué par le syndicat départemental pour justifier les prix élevés payés par les usagers.
Et si ces cas de pollution n'étaient que la partie émergée d'une vague polluante à grande échelle en Charente-Maritime ? L'historique des relevés de l'ARS sur plusieurs années pourrait éclairer les usagers sur les agissements de certains, pratiqués jusque-là en toute discrétion.
Il est désormais urgent de reconquérir nos captages d'eau pour les rendre à leur vocation première : celle du bien commun. Un dossier dont l'agglomération rochelaise, désormais compétente sur son territoire, devra se saisir à bras le corps.

(1) ARS : Agence Régionale de Santé

Daniel Vince
président du Collectif Eau Publique 17 (CEP 17)


 

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